« Islamabad est un cocon au cœur d’une tragédie nationale ». Mehnaz Aamir, la propriétaire du guest-house où j’ai posé mon sac avant de rejoindre les provinces affectées raconte qu’ici aussi on n’a pas directement pris la mesure de l’ampleur de la catastrophe. « La capitale est une ville bureaucratique, administrative, qui ne connaît pas les difficultés que peuvent rencontrer les gens des régions plus reculées. Nos enfants vont tous à l’école, la vie n’est pas compliquée. Nous n’avons pas compris. C’est comme si on était aussi loin que vous, en Belgique ! Pourtant, il y a déjà des dégâts à quelques heures de la ville… »
Seuls ceux qui ont de la famille ou des amis en difficulté se sont inquiétés au début. « Mon chauffeur a tout perdu. Sa maison et tous ses biens ont été emportés et il lui reste deux vestes. Alors, bien sûr, on l’aide. On a recensé les besoins des proches des employés du guest-house et on les aide. En direct. Ou par l’intermédiaire des ONG locales, ou justement celles qui composent votre consortium. Avec eux, on sait que la population bénéficie directement de nos dons. »
La solidarité nationale s’est doucement mise en place et est aujourd’hui accentuée par un sentiment de culpabilité. « Dans quelques jours, ce sera les vacances pour les Pakistanais. La fin du ramadan, un peu votre Noël à vous. C’est un moment de relâchement intense et tout le monde en profite pour prendre congé, se reposer, partir quelques jours, se divertir. Les gens prennent soudain conscience que des millions de compatriotes -20% de la population, nous dit-on !- n’auront pas cette chance. Ils ne pourront pas quitter leur maison quelques jours puisqu’ils n’ont plus de maison. Ils ne pourront pas se reposer car ils doivent trouver à se loger, à se soigner, à se nourrir. Ils survivent dans des conditions hallucinantes. On le voit à la télé, entre le tennis et le cricket, et on est terrifié. » Alors les chanceux d’Islamabad se mobilisent et, quand ils vont faire leurs courses dans les supermarchés, ils allongent leur liste d’achats pour récolter des vivres pour les sinistrés qui ne feront pas la fête.
La prise conscience de l’ampleur de la tragédie a pris du temps, partout dans le monde, mais d’abord ici. « Venez me raconter lorsque vous rentrerez de vos visites. » demande Mehnaz en me montrant où je pourrai laisser mes affaires. « Là-bas, il n’y aura pas beaucoup de place pour des bagages. »
Un cocon au coeur de la tragédie
Beatrice Demol, Samedi, 04 Septembre 2010 14:10L'auteur
Nom: Béatrice Demol
Consortium 1212
